Christian Jacquiau, auteur de "Les coulisses du commerce équitable, mensonges et vérités sur un petit business qui monte" était l'invité jeudi 13 juillet des forums de nouvelobs.com.
Christian Jacquiau est l'auteur de "Les coulisses du commerce équitable, mensonges et vérités sur un petit business qui monte" (Ed. Mille et une nuits, mai 2006). Il a, déjà, écrit "Les coulisses de la grande distribution" (Albin Michel, mars 2000). Il est économiste et expert-comptable. Il a créé un cabinet d'expertise comptable et un cabinet de conseil consacré à l'assistance, à l'accompagnement, à la création et à la transmission d'entreprise.
Question : Bonjour, Bravo déjà pour avoir eu le courage d'écrire sur ce sujet. Ne croyez vous pas que votre livre décrédibilise tout un ensemble (Minga, MH, ADM ...) et qu'aucun d'eux ne remettra en cause sa façon de voir ? Par contre, ne fera t'il pas la part belle à ces transnationales que vous dénoncez à demi mot ? Je sais que vous prétendez avoir pesé en amont le risque d'un tel ouvrage, mais sur quel public l'avez vous pesé ? Vous l'avez pesé auprès des militants ou bien des consommateurs lambda ? Le militant se posera sans doute des questions mais le consommateur lui pensera qu'on le prend encore pour un c** et se détournera de tout ça en retournant acheter produits discount et MDD. C'est bien dommage. Vous tirez la sonnette d'alarme pour annoncer un danger dans le train mais finalement tout le monde va descendre du train.
Réponse : C'est une vraie question. Et ceux qui ont dévoyé le commerce équitable ont longtemps surfé sur leur statut d'intouchables. N'est ce pas ceux qui ont commis de tels abus et excès au nom de l'équitable qui en sont les premiers ennemis ? Fallait-il les taire et les passer sous silence plus longtemps de crainte des retombées ?
Le problème peut se poser pour le consommateur lambda qui ne voit en l'équitable qu'un produit quelque part au fond du supermarché. Pas pour ceux qui s'inscrivent dans une démarche de transformation de la société ce qui était, il faut le rappeler, la vocation initiale du commerce équitable.
Question : Ton avis sur la mondialisation ?
Réponse : la mondialisation est une excellente chose... si c'est l'humain qui est au centre de ses préoccupations. Aujourd'hui la mondialisation est essentiellement financière et ne se soucie guère de l'Homme et de son environnement.
Question : Bonjour Mr. C Jacquiau, Que pensez vous de l'attitude du géant Kraft Food et de son allié français pour la distribution de café, Jacques Vabres, de lancer un logo tel que celui de Rain Forest Alliance, considérant que ces produits sont placés à côté de ceux du commerce équitable, dans les rayons de la grande distribution ?
Réponse : Ils s'inscrivent dans la démarche de récupération que je dénonce dans " Les coulisses du commerce équitable ". Après tout, sont-ils moins équitable que les cafés Nestlé / Max Havelaar ? En fait, tout dépend ce que l'on met derrière le vocable " équitable ". Et c'est là toute la difficulté. En l'absence de vrai label tout devient possible et nous allons assister à une véritable fuite en avant "équitable" dans les semaines qui viennent. Carrefour va lancer à l'automne sa propre gamme. Leclerc suivra vraisemblablement... perturbant davantage encore les repères des consomm'acteurs.
Question : Les gens viennent pleurer lorsque des usines ferment en France, mais sont bien content de trouver des fringues a des prix casses dans leurs hypers.... alors schizo la conso ?
Réponse : Un peu. Nombreux sont ceux qui sont sensibles aux idées sociales, mais lorsqu'ils vont faire leurs courses, les citoyens-consommateurs laissent le citoyen à la maison... et c'est le consommateur déconscientisé qui se défoule dans les temples de la consommation que sont les grandes et moyennes surfaces.
Question : Bonjour Christian Jacquiau, Je viens de terminer votre livre " les coulisses du commerce équitable " (dont je vous félicite) après avoir dévoré le premier sur la grande distribution ayant révélé au grand public la pratique et l'existence des marges arrière dans la grande distribution. Au vu de ce que vous révélez, ses excès et ses abus, pensez vous que le commerce équitable a encore un avenir ?
Réponse : Ces dérives sont dues à l'absence d'encadrement et de définition du commerce équitable. C'est un accident de parcours auquel il faut remédier au plus vite. Oui bien sûr: le commerce équitable est promis à un très bel avenir. Il doit même devenir "la norme". Il le peut mais cela va nécessiter une sérieuse remise en question de certaines pratiques et dérives actuelles. La clé est entre les mains des acteurs de l'équitable mais aussi du Politique.
Question : Pouvez vous nous repréciser ce qu'est un label ? Pourquoi Max Havelaar se prétend label alors qu'il ne l'est pas ?
Réponse : Pour être un label, il faut :
- 1) un cahier des charges,
- 2) la mise en place de contrôles indépendants,
- 3) avoir recours à un organisme de certification lui même indépendant et agréé par les pouvoirs publics.
Max Havelaar a bien rédigé un cahier des charges mais il cumule avec FLO (fédération des Max Havelaar nationaux : France, Allemagne, Suisse, etc... en fait Max Havelaar donc) et FLO-Cert (non indépendante puisque filiale à 100% de FLO) les fonctions de contrôle et de certification. Max Havelaar est à la fois juge et partie, s'auto attribuant ses propres certificats de bonne conduite, ce qui ne correspond en rien à la définition du LABEL, comme l'a d'ailleurs confirmé la Direction de la Répression des Fraudes (DGCCRF).
Question : Combien revient vraiment aux petits producteurs dans le système Max Havelaar ?
Réponse : Malheureusement pas grand chose. Et c'est là que le bât blesse. Max Havelaar revendique 50 000 000 ¤ en plus pour les petits producteurs grâce à l'équitable, mais il revendique dans le même temps un million de bénéficiaires. Ce qui fait 50 ¤ en moyenne par an par bénéficiaire soit un peu plus de 4 ¤ par mois dont ils devront encore déduire les frais de coopératives, les droits de douanes, les frais de transports, etc... ce qui fait pas grand chose à l'arrivée. Et sur ces 4 ¤ bruts rien n'a été prévu pour les ouvriers : journaliers, saisonniers et autres précaires salariés des " exploitations " équitables.
Question : Un bandeau rouge barre le dernier livre du prêtre Franz van der Hoff (co-fondateur de Max Havelaar) sur lequel il est indiqué : " par le fondateur du commerce équitable ". Mensonge ou vérité ? Je croyais que le commerce équitable existait bien avant Max Havelaar ?
Réponse : Mensonge hélas ! Les premières boutiques " Tiers monde " sont apparues en Grande Bretagne en 1964. En France le commerce équitable est né à l'initiative de l'Abbé Pierre, en 1971, ce que tout le monde semble avoir oublié. La première boutique Artisans du Monde (rue de Rochecouart à Paris) a ouvert ses portes en 1974. Max Havelaar a été créé à l'initiative de deux prêtres hollandais aux Pays Bas en 1988 et Max Havelaar France apparaîtra plus tard, en 1992. Contrairement à ce qu'il prétend, le prêtre Franz van der Hoff, co-fondateur de Max Havelaar, n'est en rien " l'inventeur " du commerce équitable. Pieux mensonge ?
Question : Max Havelaar : marque ou label ?
Réponse : Une marque commerciale, comme l'ont dit la DGCCRF, Michel EBRAN dans le mensuel Que Choisir dès 2003 (n°408) puis à nouveau dans son excellente enquête d'avril 2006 (n°436).
Tout cela est confirmé par le député Antoine HERTZ, comme je l'explique en détail dans le bouquin, et même par la Plateforme du commerce équitable ! Ne pas être " label " n'a rien de déshonorant et n'empêche en rien d'avoir des pratiques équitables si telle est la volonté d'un acteur de l'équitable. Pourquoi s'obstiner à se prétendre label ?
Question : Max Havelaar représente-il un gage de sérieux et de qualité ?
Réponse : C'est aux consommateurs de demander et d'examiner les cahiers des charges des " acteurs " de l'équitable, de voir comment ils fonctionnent, de mesurer leurs engagements... et au final de se faire leur propre opinion. Il est certain que la seule expression " commerce équitable " apposée sur un produit ne suffit pas à satisfaire à cette exigence.
Question : pourquoi les produits sont parfois moins chers que certains grandes marques ?
Réponse : Parce que les grandes marques exercent une pression accrue sur les fournisseurs... même en équitable ! LECLERC disait récemment : " Avec les volumes, les fournisseurs vont pouvoir écraser leurs coûts de production et nous pourrons ainsi augmenter nos marges ", en parlant d'équitable ! Est-ce cela l'équitable ? Et à votre avis, qui va être " écrasé " dans l'histoire ?
Question : Lla vrai question : comment savoir si l'argent revient vraiment aux producteurs?
Réponse : C'est la vraie question ! Merci de voir la réponse plus haut à propos des 4 ¤ par mois.
Question : Ce commerce équitable ne me paraît pas d'un si grand avenir qu'on voudrait le faire croire. Quand dans la plupart des enseignes on paie un paquet de café "équitable" presque le double d'un normal tandis que dans une autre, (intermarché), la différence est à peine sensible, des doutes viennent à l'esprit. Les autres enseignes se sucrent-elles ou bien est-ce la dernière qui négocie des prix discount ? A supposer que le commerce équitable se développe, ne deviendrait-il pas une concurrence préjudiciable pour les produits européens ? N'est-il pas qu'une mesure palliative au détriment de mesures plus structurelles qui devraient être prises pour que les pays concernés redressent leur situation ?
Réponse : Exact ! Cela passe donc par une révision profonde des modes de fonctionnement des échanges internationaux. Indirectement, le mérite de l'équitable aura été d'attirer l'attention sur le commerce inéquitable.
Question : Bonjour, Le commerce pourra-t-il être réellement équitable un jour, vue l'extrême puissance des groupes gigantesques qui occupent le marché ?
Réponse : C'est là le véritable défi. Cela ne peut passer que par le Politique, avec un " P " majuscule... Cela impliquera de revoir les règles de fonctionnement de l'OMC pour qu'elle devienne une véritable Organisation Mondiale du CITOYEN et non plus une organisation au service des puissants lobbies des transnationales financières. Le chemin est long, mais c'est la seule voie.
Question : Prétendez-vous distribuer des bons points au commerce équitable mondial ??? En toute modestie, lancez-vous et donnez les noms des labels qui vous ont convaincu...
Réponse : Je ne suis ni juge, ni curé ! J'ai juste voulu, alors qu'il en est encore temps, attirer l'attention sur les menaces qui pèsent sur l'équitable du fait de certains abus, excès ou pratiques hégémoniques...
Question : Quel est votre parcours ? Pourquoi vous êtes-vous intéressé au commerce équitable ?
Réponse : Je suis expert-comptable à la base. Et très souvent le commerce équitable m'a été présenté comme une parade à ce que j'ai dénoncé dans mon premier livre : " les coulisses de la grande distribution ". Hélas à y regarder de plus près... je me suis aperçu qu'on y retrouve les mêmes. D'où mon intérêt pour passer de l'inéquitable au prétendu équitable.
Question : comptez vous écrire un livre apportant des solutions un jour? Ce que je reproche à votre ouvrage c'est la critique sans proposition de solution! et le fait que vous remettiez en cause le travail de plusieurs personnes qui croient en ce qu'elles font.
Réponse : Auriez vous zappé la conclusion ?
Question : Ou faites vous vos courses?
Réponse : Sur les marchés de plein air, dans des réseaux bio et équitables... dans de vrais magasins équitables. Il en existe aussi au Nord ! Voyez le hors-série d'avril-mai " commerce équitable " de l'excellent hebdomadaire POLITIS, il est plein de bonnes adresses.
Question : en quoi croyez vous?
Réponse : En vous. En l'humain.
Question : ce "petit business qui monte" comme vous dites vous permet de vendre quelques livres, donc vous profite aussi finalement!redistribuez vous une partie de vos recettes gagnées ou l'intégralité des ventes va sur votre compte?
Réponse : Un livre pour s'enrichir... C'est sérieux ? Savez vous qu'il y a près de trois années d'enquête derrière ce livre ? Savez vous ce que rapporte un livre à son auteur ?
Question : A qui profite vraiment le commerce équitable ?
Réponse : Aujourd'hui, globalement aux mêmes : les Nestlé, Leclerc, Starbucks, MacDo, Kraft et autres récupérateurs d'image. Mais il ne faut pas généraliser, le commerce équitable jouit d'une grande diversité et il y a de vrais démarches équitables dont on ne parle pas assez. Voyez la campagne récente " changeons la loi pour un commerce équitable partout " initiée par la Confédération Paysanne, Breiz Ha Reizh, Minga, Nature & Progrès...
Question : Le principe même de commerce équitable n'est-il pas absurde ?
Réponse : Il permet au système de perdurer. Nous sommes dans une logique d' " un ilot d'équitable dans un océan d'inéquitable ".
Question : Commerce équitable et grande distribution sont-ils incompatibles ?
Réponse : La grande distribution est le symbole même du commerce inéquitable. Elle utilise l'équitable comme alibi, et continue son petit business comme avant. Il y a même des marges arrière sur les produits équitables !
Question : Que pensez-vous du très puissant label Max Havelaar ?
Réponse : Il y aurait de quoi en faire un livre...
Question : Voyez vous des points positifs dans l'action de l'association Max Havelaar ?
Réponse : Pas vous ? On lui doit d'avoir largement contribué au débat sur le commerce inéquitable en attirant l'attention sur le sort des plus démunis. Ses choix, notamment celui de la grande distribution, ont alimenté le débat sur les pratiques de ces grands réseaux. Son alliance avec DAGRIS, promoteur d'OGM, à lui aussi alimenté le débat. Notamment chez les plus petits producteurs de coton. Voyez la position d'Aminata Traoré à ce sujet.
Question : Bonjour M.Jacqiau J'ai 3 questions :
1.Vous vous présentez comme Economiste, qu'en est il vraiment ?
2. Avez vous rencontré les différents acteurs du commerce équitable, les organismes de certification, les ONG de développement du type AVSF pour comprendre les différents modèles car votre livre me semble fort épais mais peu documenté ?
3. Avez vous entrepris différents déplacements dans les pays du sud : lesquels et quels en ont été les enseignements ?
Réponse : Pensez vous qu'il n'est pas assez " sourcé " ? Pour votre information, il y a plus de 800 notes explicatives et renvois en bas de pages justifiant et précisant les sources. Croyez vous sincèrement qu'il soit possible de mener une telle enquête sans aller aux meilleures sources ?
Question : Bonjour, je voudrais savoir si vous seriez prêts à aller en Afrique ou même en Amérique latine "donner" votre livre pour que les personnes impliquées prennent connaissance de ce qu'est le commerce équitable. je pense que ce serait un geste assez fort pour vous jouer de ce business qui monte sans que l'humain soit au centre des échanges.
Réponse : Avec plaisir. Quand vous voulez... C'est d'ailleurs " LA SOLUTION " : il faut relocaliser les économies et rendre aux pays producteurs ce qui leur appartient.
Question : Qu'est-ce qu'une définition (surtout franco-française)du commerce équitable changera dans les pratiques commerciales des entreprises avec le sud? La responsabilisation du consommateur n'est-elle pas plus importante?
Réponse : Elle est essentielle. Rien ne se fera sans lui, sans une réappropriation du Politique.
Question : Bonjour, quel autre organisme de certification est aujourd'hui capable d'apporter un cahier des charges, un contrôle indépendant et des volumes en conséquence qui impliqueraient un réel impact au sud? Max Havelaar n'est il pas en train de mettre en place le premier système de certification et de commercialisation le plus complet à ce jour? Est il nécessaire de focaliser sur ses défauts de jeunesse?
Réponse : Aucun ! Et c'est bien le problème. Pourquoi dans ce cas se prétendre " label " et tromper le consommateur qui a déjà le plus grand mal à s'y retrouver ?
Question : Quelle critique majeure feriez vous de votre livre?
Réponse : Il ne fait que 500 pages. Et il y aurait tant de choses à dire encore qui n'ont pu trouver leur place dans ce bouquin.
Question : est ce que vous buvez du café, du thé, du cacao ? Si oui de quelle marque ??
Réponse : Je suis malheureusement un " gros " consommateur de café. Je privilégie l'équitable, notamment les marques qui s'engagent le plus loin dans la filière, en faisant par exemple torréfier le café sur place, dans le pays d'origine. Ca existe, mais vous ne les trouverez pas chez Nestlé ou Kraft ! Mais il faut bien le reconnaître, en l'absence de repères, c'est un véritable jeu de piste qui n'est pas à la portée de tous les consommateurs. Du coup, c'est la communication et la publicité qui fait la différence. Celui qui communique le plus, avec les plus gros moyens, est celui qui emporte le " marché " ! Comme dans l'inéquitable commerce...
Question : Bonjour M. Jacquiau. A la lecture de votre livre j'ai été étonnée de voir que votre démarche est axée autour de la dénonciation. je serais intéressée de connaître vos propositions pour améliorer le système "commerce équitable". Merci.
Réponse : C'est pour cela que j'ai développé une longue conclusion ouvrant sur ce que pourrait être ce véritable commerce équitable que j'appelle de mes voeux.
Question : en fin de compte qui a le pouvoir ? le consommateur, non ? Le problème c'est qu'il est vraiment trop c**, non ?
Réponse : Vous avez tout à fait raison. Sur la première partie de votre question... Le problème c'est que le consommateur n'exerce pas ce pouvoir, se contentant le plus souvent de glisser un petit paquet de café dit " équitable " sur le sommet d'un caddie débordant de produits parfaitement inéquitables, parfois même produits par des enfants dans les sous-sols du Tiers-monde. Il y a un énorme travail d'information et de sensibilisation à faire.
Question : Au vu de votre réponse à Marie Claire, je constate que votre argumentaire constructif et bien moins fournit que vos critiques!
Réponse : Cher " Internaute " anonyme. Je pourrais reproduire ici l'intégralité de ma conclusion mais... elle fait 25 pages ! Et ce n'est pas un hasard. Lisez là.
Cela ne vous oblige pas à acheter le livre. Empruntez le ou installez vous confortablement dans une librairie pour le faire. Mais je vous rassure la cause est loin d'être perdue et tout est possible pour améliorer l'équitable. A commencer par en faire une " norme " applicable tout au long des filières, au Nord comme au Sud. Une exigence qui est pourtant loin de faire l'unanimité, au sein même de l'équitable.
Question : l'association Max Havelaar est elle responsable du manque de positionnement des institutions légales.
Réponse : Max Havelaar n'est pas responsable de tous les maux de la terre, je vous rassure.
En revanche on ne peut dire que le non aboutissement du projet de norme AFNOR l'ait vraiment desservi puisque le " hasard " (?) a voulu que la fameuse loi du 2 août 2005 reprenne les idées du rapport HERTH lui même fortement inspiré des revendication Max Havelaar pour un commerce équitable limité aux seuls rapports Nord/Sud. Etonnant non ?
Question : On dirait que vous attendez tout d'une définition publique, mais concrètement je ne vois pas ce que cela va changer?
Réponse : La DGCCRF a examiné dans un rapport récent, datant de 2006, les pratiques de 55 acteurs dits " équitables ". Elle a observé 17 démarches différentes, de tout est son contraire, découvrant même des acteurs revendiqués ne disposant d'aucune facture, d'aucune traçabilité des produits qu'ils prétendaient équitables ! N'est il pas temps de dire ce que l'on entend par " commerce équitable ", jusqu'où l'on va et jusqu'où l'on ne va pas ?
Question : Vous n'avez pas l'air d'accepter la critique, alors même que c'est ce que vous reprochez aux acteurs du commerce équitable dans votre 1ere réponse. Vous trouvez ça équitable?
Réponse : C'est bien le contraire. J'accepte volontiers la critique. Au fait, quelle est la vôtre ?
Jeudi 13 Juillet 2006
source
Christian Jacquiau est l'auteur de "Les coulisses du commerce équitable, mensonges et vérités sur un petit business qui monte" (Ed. Mille et une nuits, mai 2006). Il a, déjà, écrit "Les coulisses de la grande distribution" (Albin Michel, mars 2000). Il est économiste et expert-comptable. Il a créé un cabinet d'expertise comptable et un cabinet de conseil consacré à l'assistance, à l'accompagnement, à la création et à la transmission d'entreprise.
Question : Bonjour, Bravo déjà pour avoir eu le courage d'écrire sur ce sujet. Ne croyez vous pas que votre livre décrédibilise tout un ensemble (Minga, MH, ADM ...) et qu'aucun d'eux ne remettra en cause sa façon de voir ? Par contre, ne fera t'il pas la part belle à ces transnationales que vous dénoncez à demi mot ? Je sais que vous prétendez avoir pesé en amont le risque d'un tel ouvrage, mais sur quel public l'avez vous pesé ? Vous l'avez pesé auprès des militants ou bien des consommateurs lambda ? Le militant se posera sans doute des questions mais le consommateur lui pensera qu'on le prend encore pour un c** et se détournera de tout ça en retournant acheter produits discount et MDD. C'est bien dommage. Vous tirez la sonnette d'alarme pour annoncer un danger dans le train mais finalement tout le monde va descendre du train.
Réponse : C'est une vraie question. Et ceux qui ont dévoyé le commerce équitable ont longtemps surfé sur leur statut d'intouchables. N'est ce pas ceux qui ont commis de tels abus et excès au nom de l'équitable qui en sont les premiers ennemis ? Fallait-il les taire et les passer sous silence plus longtemps de crainte des retombées ?
Le problème peut se poser pour le consommateur lambda qui ne voit en l'équitable qu'un produit quelque part au fond du supermarché. Pas pour ceux qui s'inscrivent dans une démarche de transformation de la société ce qui était, il faut le rappeler, la vocation initiale du commerce équitable.
Question : Ton avis sur la mondialisation ?
Réponse : la mondialisation est une excellente chose... si c'est l'humain qui est au centre de ses préoccupations. Aujourd'hui la mondialisation est essentiellement financière et ne se soucie guère de l'Homme et de son environnement.
Question : Bonjour Mr. C Jacquiau, Que pensez vous de l'attitude du géant Kraft Food et de son allié français pour la distribution de café, Jacques Vabres, de lancer un logo tel que celui de Rain Forest Alliance, considérant que ces produits sont placés à côté de ceux du commerce équitable, dans les rayons de la grande distribution ?
Réponse : Ils s'inscrivent dans la démarche de récupération que je dénonce dans " Les coulisses du commerce équitable ". Après tout, sont-ils moins équitable que les cafés Nestlé / Max Havelaar ? En fait, tout dépend ce que l'on met derrière le vocable " équitable ". Et c'est là toute la difficulté. En l'absence de vrai label tout devient possible et nous allons assister à une véritable fuite en avant "équitable" dans les semaines qui viennent. Carrefour va lancer à l'automne sa propre gamme. Leclerc suivra vraisemblablement... perturbant davantage encore les repères des consomm'acteurs.
Question : Les gens viennent pleurer lorsque des usines ferment en France, mais sont bien content de trouver des fringues a des prix casses dans leurs hypers.... alors schizo la conso ?
Réponse : Un peu. Nombreux sont ceux qui sont sensibles aux idées sociales, mais lorsqu'ils vont faire leurs courses, les citoyens-consommateurs laissent le citoyen à la maison... et c'est le consommateur déconscientisé qui se défoule dans les temples de la consommation que sont les grandes et moyennes surfaces.
Question : Bonjour Christian Jacquiau, Je viens de terminer votre livre " les coulisses du commerce équitable " (dont je vous félicite) après avoir dévoré le premier sur la grande distribution ayant révélé au grand public la pratique et l'existence des marges arrière dans la grande distribution. Au vu de ce que vous révélez, ses excès et ses abus, pensez vous que le commerce équitable a encore un avenir ?
Réponse : Ces dérives sont dues à l'absence d'encadrement et de définition du commerce équitable. C'est un accident de parcours auquel il faut remédier au plus vite. Oui bien sûr: le commerce équitable est promis à un très bel avenir. Il doit même devenir "la norme". Il le peut mais cela va nécessiter une sérieuse remise en question de certaines pratiques et dérives actuelles. La clé est entre les mains des acteurs de l'équitable mais aussi du Politique.
Question : Pouvez vous nous repréciser ce qu'est un label ? Pourquoi Max Havelaar se prétend label alors qu'il ne l'est pas ?
Réponse : Pour être un label, il faut :
- 1) un cahier des charges,
- 2) la mise en place de contrôles indépendants,
- 3) avoir recours à un organisme de certification lui même indépendant et agréé par les pouvoirs publics.
Max Havelaar a bien rédigé un cahier des charges mais il cumule avec FLO (fédération des Max Havelaar nationaux : France, Allemagne, Suisse, etc... en fait Max Havelaar donc) et FLO-Cert (non indépendante puisque filiale à 100% de FLO) les fonctions de contrôle et de certification. Max Havelaar est à la fois juge et partie, s'auto attribuant ses propres certificats de bonne conduite, ce qui ne correspond en rien à la définition du LABEL, comme l'a d'ailleurs confirmé la Direction de la Répression des Fraudes (DGCCRF).
Question : Combien revient vraiment aux petits producteurs dans le système Max Havelaar ?
Réponse : Malheureusement pas grand chose. Et c'est là que le bât blesse. Max Havelaar revendique 50 000 000 ¤ en plus pour les petits producteurs grâce à l'équitable, mais il revendique dans le même temps un million de bénéficiaires. Ce qui fait 50 ¤ en moyenne par an par bénéficiaire soit un peu plus de 4 ¤ par mois dont ils devront encore déduire les frais de coopératives, les droits de douanes, les frais de transports, etc... ce qui fait pas grand chose à l'arrivée. Et sur ces 4 ¤ bruts rien n'a été prévu pour les ouvriers : journaliers, saisonniers et autres précaires salariés des " exploitations " équitables.
Question : Un bandeau rouge barre le dernier livre du prêtre Franz van der Hoff (co-fondateur de Max Havelaar) sur lequel il est indiqué : " par le fondateur du commerce équitable ". Mensonge ou vérité ? Je croyais que le commerce équitable existait bien avant Max Havelaar ?
Réponse : Mensonge hélas ! Les premières boutiques " Tiers monde " sont apparues en Grande Bretagne en 1964. En France le commerce équitable est né à l'initiative de l'Abbé Pierre, en 1971, ce que tout le monde semble avoir oublié. La première boutique Artisans du Monde (rue de Rochecouart à Paris) a ouvert ses portes en 1974. Max Havelaar a été créé à l'initiative de deux prêtres hollandais aux Pays Bas en 1988 et Max Havelaar France apparaîtra plus tard, en 1992. Contrairement à ce qu'il prétend, le prêtre Franz van der Hoff, co-fondateur de Max Havelaar, n'est en rien " l'inventeur " du commerce équitable. Pieux mensonge ?
Question : Max Havelaar : marque ou label ?
Réponse : Une marque commerciale, comme l'ont dit la DGCCRF, Michel EBRAN dans le mensuel Que Choisir dès 2003 (n°408) puis à nouveau dans son excellente enquête d'avril 2006 (n°436).
Tout cela est confirmé par le député Antoine HERTZ, comme je l'explique en détail dans le bouquin, et même par la Plateforme du commerce équitable ! Ne pas être " label " n'a rien de déshonorant et n'empêche en rien d'avoir des pratiques équitables si telle est la volonté d'un acteur de l'équitable. Pourquoi s'obstiner à se prétendre label ?
Question : Max Havelaar représente-il un gage de sérieux et de qualité ?
Réponse : C'est aux consommateurs de demander et d'examiner les cahiers des charges des " acteurs " de l'équitable, de voir comment ils fonctionnent, de mesurer leurs engagements... et au final de se faire leur propre opinion. Il est certain que la seule expression " commerce équitable " apposée sur un produit ne suffit pas à satisfaire à cette exigence.
Question : pourquoi les produits sont parfois moins chers que certains grandes marques ?
Réponse : Parce que les grandes marques exercent une pression accrue sur les fournisseurs... même en équitable ! LECLERC disait récemment : " Avec les volumes, les fournisseurs vont pouvoir écraser leurs coûts de production et nous pourrons ainsi augmenter nos marges ", en parlant d'équitable ! Est-ce cela l'équitable ? Et à votre avis, qui va être " écrasé " dans l'histoire ?
Question : Lla vrai question : comment savoir si l'argent revient vraiment aux producteurs?
Réponse : C'est la vraie question ! Merci de voir la réponse plus haut à propos des 4 ¤ par mois.
Question : Ce commerce équitable ne me paraît pas d'un si grand avenir qu'on voudrait le faire croire. Quand dans la plupart des enseignes on paie un paquet de café "équitable" presque le double d'un normal tandis que dans une autre, (intermarché), la différence est à peine sensible, des doutes viennent à l'esprit. Les autres enseignes se sucrent-elles ou bien est-ce la dernière qui négocie des prix discount ? A supposer que le commerce équitable se développe, ne deviendrait-il pas une concurrence préjudiciable pour les produits européens ? N'est-il pas qu'une mesure palliative au détriment de mesures plus structurelles qui devraient être prises pour que les pays concernés redressent leur situation ?
Réponse : Exact ! Cela passe donc par une révision profonde des modes de fonctionnement des échanges internationaux. Indirectement, le mérite de l'équitable aura été d'attirer l'attention sur le commerce inéquitable.
Question : Bonjour, Le commerce pourra-t-il être réellement équitable un jour, vue l'extrême puissance des groupes gigantesques qui occupent le marché ?
Réponse : C'est là le véritable défi. Cela ne peut passer que par le Politique, avec un " P " majuscule... Cela impliquera de revoir les règles de fonctionnement de l'OMC pour qu'elle devienne une véritable Organisation Mondiale du CITOYEN et non plus une organisation au service des puissants lobbies des transnationales financières. Le chemin est long, mais c'est la seule voie.
Question : Prétendez-vous distribuer des bons points au commerce équitable mondial ??? En toute modestie, lancez-vous et donnez les noms des labels qui vous ont convaincu...
Réponse : Je ne suis ni juge, ni curé ! J'ai juste voulu, alors qu'il en est encore temps, attirer l'attention sur les menaces qui pèsent sur l'équitable du fait de certains abus, excès ou pratiques hégémoniques...
Question : Quel est votre parcours ? Pourquoi vous êtes-vous intéressé au commerce équitable ?
Réponse : Je suis expert-comptable à la base. Et très souvent le commerce équitable m'a été présenté comme une parade à ce que j'ai dénoncé dans mon premier livre : " les coulisses de la grande distribution ". Hélas à y regarder de plus près... je me suis aperçu qu'on y retrouve les mêmes. D'où mon intérêt pour passer de l'inéquitable au prétendu équitable.
Question : comptez vous écrire un livre apportant des solutions un jour? Ce que je reproche à votre ouvrage c'est la critique sans proposition de solution! et le fait que vous remettiez en cause le travail de plusieurs personnes qui croient en ce qu'elles font.
Réponse : Auriez vous zappé la conclusion ?
Question : Ou faites vous vos courses?
Réponse : Sur les marchés de plein air, dans des réseaux bio et équitables... dans de vrais magasins équitables. Il en existe aussi au Nord ! Voyez le hors-série d'avril-mai " commerce équitable " de l'excellent hebdomadaire POLITIS, il est plein de bonnes adresses.
Question : en quoi croyez vous?
Réponse : En vous. En l'humain.
Question : ce "petit business qui monte" comme vous dites vous permet de vendre quelques livres, donc vous profite aussi finalement!redistribuez vous une partie de vos recettes gagnées ou l'intégralité des ventes va sur votre compte?
Réponse : Un livre pour s'enrichir... C'est sérieux ? Savez vous qu'il y a près de trois années d'enquête derrière ce livre ? Savez vous ce que rapporte un livre à son auteur ?
Question : A qui profite vraiment le commerce équitable ?
Réponse : Aujourd'hui, globalement aux mêmes : les Nestlé, Leclerc, Starbucks, MacDo, Kraft et autres récupérateurs d'image. Mais il ne faut pas généraliser, le commerce équitable jouit d'une grande diversité et il y a de vrais démarches équitables dont on ne parle pas assez. Voyez la campagne récente " changeons la loi pour un commerce équitable partout " initiée par la Confédération Paysanne, Breiz Ha Reizh, Minga, Nature & Progrès...
Question : Le principe même de commerce équitable n'est-il pas absurde ?
Réponse : Il permet au système de perdurer. Nous sommes dans une logique d' " un ilot d'équitable dans un océan d'inéquitable ".
Question : Commerce équitable et grande distribution sont-ils incompatibles ?
Réponse : La grande distribution est le symbole même du commerce inéquitable. Elle utilise l'équitable comme alibi, et continue son petit business comme avant. Il y a même des marges arrière sur les produits équitables !
Question : Que pensez-vous du très puissant label Max Havelaar ?
Réponse : Il y aurait de quoi en faire un livre...
Question : Voyez vous des points positifs dans l'action de l'association Max Havelaar ?
Réponse : Pas vous ? On lui doit d'avoir largement contribué au débat sur le commerce inéquitable en attirant l'attention sur le sort des plus démunis. Ses choix, notamment celui de la grande distribution, ont alimenté le débat sur les pratiques de ces grands réseaux. Son alliance avec DAGRIS, promoteur d'OGM, à lui aussi alimenté le débat. Notamment chez les plus petits producteurs de coton. Voyez la position d'Aminata Traoré à ce sujet.
Question : Bonjour M.Jacqiau J'ai 3 questions :
1.Vous vous présentez comme Economiste, qu'en est il vraiment ?
2. Avez vous rencontré les différents acteurs du commerce équitable, les organismes de certification, les ONG de développement du type AVSF pour comprendre les différents modèles car votre livre me semble fort épais mais peu documenté ?
3. Avez vous entrepris différents déplacements dans les pays du sud : lesquels et quels en ont été les enseignements ?
Réponse : Pensez vous qu'il n'est pas assez " sourcé " ? Pour votre information, il y a plus de 800 notes explicatives et renvois en bas de pages justifiant et précisant les sources. Croyez vous sincèrement qu'il soit possible de mener une telle enquête sans aller aux meilleures sources ?
Question : Bonjour, je voudrais savoir si vous seriez prêts à aller en Afrique ou même en Amérique latine "donner" votre livre pour que les personnes impliquées prennent connaissance de ce qu'est le commerce équitable. je pense que ce serait un geste assez fort pour vous jouer de ce business qui monte sans que l'humain soit au centre des échanges.
Réponse : Avec plaisir. Quand vous voulez... C'est d'ailleurs " LA SOLUTION " : il faut relocaliser les économies et rendre aux pays producteurs ce qui leur appartient.
Question : Qu'est-ce qu'une définition (surtout franco-française)du commerce équitable changera dans les pratiques commerciales des entreprises avec le sud? La responsabilisation du consommateur n'est-elle pas plus importante?
Réponse : Elle est essentielle. Rien ne se fera sans lui, sans une réappropriation du Politique.
Question : Bonjour, quel autre organisme de certification est aujourd'hui capable d'apporter un cahier des charges, un contrôle indépendant et des volumes en conséquence qui impliqueraient un réel impact au sud? Max Havelaar n'est il pas en train de mettre en place le premier système de certification et de commercialisation le plus complet à ce jour? Est il nécessaire de focaliser sur ses défauts de jeunesse?
Réponse : Aucun ! Et c'est bien le problème. Pourquoi dans ce cas se prétendre " label " et tromper le consommateur qui a déjà le plus grand mal à s'y retrouver ?
Question : Quelle critique majeure feriez vous de votre livre?
Réponse : Il ne fait que 500 pages. Et il y aurait tant de choses à dire encore qui n'ont pu trouver leur place dans ce bouquin.
Question : est ce que vous buvez du café, du thé, du cacao ? Si oui de quelle marque ??
Réponse : Je suis malheureusement un " gros " consommateur de café. Je privilégie l'équitable, notamment les marques qui s'engagent le plus loin dans la filière, en faisant par exemple torréfier le café sur place, dans le pays d'origine. Ca existe, mais vous ne les trouverez pas chez Nestlé ou Kraft ! Mais il faut bien le reconnaître, en l'absence de repères, c'est un véritable jeu de piste qui n'est pas à la portée de tous les consommateurs. Du coup, c'est la communication et la publicité qui fait la différence. Celui qui communique le plus, avec les plus gros moyens, est celui qui emporte le " marché " ! Comme dans l'inéquitable commerce...
Question : Bonjour M. Jacquiau. A la lecture de votre livre j'ai été étonnée de voir que votre démarche est axée autour de la dénonciation. je serais intéressée de connaître vos propositions pour améliorer le système "commerce équitable". Merci.
Réponse : C'est pour cela que j'ai développé une longue conclusion ouvrant sur ce que pourrait être ce véritable commerce équitable que j'appelle de mes voeux.
Question : en fin de compte qui a le pouvoir ? le consommateur, non ? Le problème c'est qu'il est vraiment trop c**, non ?
Réponse : Vous avez tout à fait raison. Sur la première partie de votre question... Le problème c'est que le consommateur n'exerce pas ce pouvoir, se contentant le plus souvent de glisser un petit paquet de café dit " équitable " sur le sommet d'un caddie débordant de produits parfaitement inéquitables, parfois même produits par des enfants dans les sous-sols du Tiers-monde. Il y a un énorme travail d'information et de sensibilisation à faire.
Question : Au vu de votre réponse à Marie Claire, je constate que votre argumentaire constructif et bien moins fournit que vos critiques!
Réponse : Cher " Internaute " anonyme. Je pourrais reproduire ici l'intégralité de ma conclusion mais... elle fait 25 pages ! Et ce n'est pas un hasard. Lisez là.
Cela ne vous oblige pas à acheter le livre. Empruntez le ou installez vous confortablement dans une librairie pour le faire. Mais je vous rassure la cause est loin d'être perdue et tout est possible pour améliorer l'équitable. A commencer par en faire une " norme " applicable tout au long des filières, au Nord comme au Sud. Une exigence qui est pourtant loin de faire l'unanimité, au sein même de l'équitable.
Question : l'association Max Havelaar est elle responsable du manque de positionnement des institutions légales.
Réponse : Max Havelaar n'est pas responsable de tous les maux de la terre, je vous rassure.
En revanche on ne peut dire que le non aboutissement du projet de norme AFNOR l'ait vraiment desservi puisque le " hasard " (?) a voulu que la fameuse loi du 2 août 2005 reprenne les idées du rapport HERTH lui même fortement inspiré des revendication Max Havelaar pour un commerce équitable limité aux seuls rapports Nord/Sud. Etonnant non ?
Question : On dirait que vous attendez tout d'une définition publique, mais concrètement je ne vois pas ce que cela va changer?
Réponse : La DGCCRF a examiné dans un rapport récent, datant de 2006, les pratiques de 55 acteurs dits " équitables ". Elle a observé 17 démarches différentes, de tout est son contraire, découvrant même des acteurs revendiqués ne disposant d'aucune facture, d'aucune traçabilité des produits qu'ils prétendaient équitables ! N'est il pas temps de dire ce que l'on entend par " commerce équitable ", jusqu'où l'on va et jusqu'où l'on ne va pas ?
Question : Vous n'avez pas l'air d'accepter la critique, alors même que c'est ce que vous reprochez aux acteurs du commerce équitable dans votre 1ere réponse. Vous trouvez ça équitable?
Réponse : C'est bien le contraire. J'accepte volontiers la critique. Au fait, quelle est la vôtre ?
Jeudi 13 Juillet 2006
source